Cabinet pluridisciplinaire · 6 et 7 rue des Rochettes, Nantes · Trajectoire de soin des troubles alimentaires
Une notion transdiagnostique

Le mental restrictif

Une notion clé pour comprendre ce qui organise, en profondeur, les troubles des conduites alimentaires. Au-delà des symptômes visibles, une structure psycho-corporelle commune à l'anorexie, à la boulimie et à l'hyperphagie.

Une filiation clinique précise

Le mental anorexique est une notion créée par Alain Meunier, psychiatre et psychanalyste, pour nommer une organisation psychique repérable dans l'anorexie : une voix intérieure tyrannique, des règles rigides, un contrôle qui se substitue au ressenti. Cette notion a été approfondie et étoffée dans son travail avec Aude Réhault.

Le mental restrictif est le prolongement transdiagnostique de ce travail, développé par Aude Réhault. Il élargit la perspective : la même structure psycho-corporelle se retrouve, sous des formes différentes, dans l'anorexie, la boulimie et l'hyperphagie. Trente ans d'expérience clinique auprès de personnes souffrant de troubles des conduites alimentaires soutiennent cette élaboration.

Qu'est-ce que le mental restrictif

Le mental restrictif n'est pas un trait de caractère, ni une volonté consciente. C'est une organisation psychique de substitution, qui se met en place lorsque la sécurité intérieure a été fragilisée.

Lorsque la sensation de soi fait défaut, un axe interne s'effondre. Pour ne pas s'effondrer avec lui, la personne s'appuie sur des règles, un contrôle, une rationalité, qui servent de béquille identitaire. Elle se pense plus qu'elle ne se ressent. Cette organisation apporte une sécurité apparente, mais elle se rigidifie avec le temps, et génère une tension chronique qui peut décompenser sur le mode alimentaire (restriction, crise, vomissement, obsession).

Sa particularité clinique : il peut être très peu visible. Une personne qui fonctionne à l'école, au travail, dans ses relations, peut ne rien laisser paraître. C'est dans la combinaison des signes qui suivent, dans leur intensité, leur automatisme, leur fréquence, que se dessine la présence du mental restrictif.

Les 17 signes du mental restrictif

Aucun signe, pris isolément, ne suffit à parler de mental restrictif. Certains peuvent même se présenter comme des traits de personnalité ordinaires. Les 17 signes ne sont pas forcément tous présents. C'est leur combinaison, et leur rigidification, qui témoigne de la présence du mental restrictif.

01

La dissociation

Le mécanisme qui déconnecte le corps et l'esprit. C'est ce moment où l'on est là et en même temps ailleurs, où le temps ne défile plus comme d'habitude, où l'on fait sans vraiment s'en rendre compte. La restriction, les crises avec ou sans vomissement, les obsessions alimentaires et corporelles sont autant de portes d'entrée dans ce mode de veille. La conscience de soi en ressort perturbée, modifiée.

02

L'alexithymie

Une difficulté à identifier, différencier et exprimer ses émotions, les siennes comme celles des autres. Une sorte d'anesthésie émotionnelle, qui met à distance un vécu devenu perturbant, voire dangereux pour l'esprit. Dans la relation, percevoir l'émotion de l'autre peut elle-même devenir gênante, impossible à traiter.

03

L'anhédonie

La perte de la capacité à ressentir le plaisir. Quand le corps et l'esprit ne fonctionnent plus de pair, percevoir ce qui plaît devient compliqué. Le plaisir est parfois ressenti comme culpabilisant, sans intérêt, voire comme une faute : il y aurait toujours mieux à faire, plus efficace, plus rigoureux.

04

La dualité intérieure et l'ambivalence

À force de vivre à côté de soi, on devient double. Une partie intérieure prend le pouvoir, à la manière d'un tyran qui impose ses règles pour préserver de l'effondrement. La personne oscille entre ses propres ressentis, quand elle y accède, et le discours de cette partie restrictive (parfois nommée Ana, ou tout autre prénom). De là naissent le déni apparent, l'ambivalence, les allers-retours épuisants pour la personne comme pour son entourage.

05

Le doute

La difficulté à s'unifier nourrit un doute qui gagne toutes les sphères de la vie. Chaque décision déclenche un arbre de possibilités que la partie restrictive exploite pour défaire les choix. Même le plus petit achat, la plus petite préférence, peut devenir un champ de bataille intérieur.

06

La faible estime de soi

L'identité n'ayant pas pu s'ancrer en soi, elle cherche des appuis extérieurs : performances scolaires, réussite professionnelle, contrôle du corps. Ces appuis sont fragiles. Le tyran intérieur rappelle en permanence que la personne n'est rien, ou qu'une chose fragile prête à s'effondrer. Plus il est présent, plus les preuves à fournir doivent être éclatantes.

07

Le perfectionnisme et l'hyperexigence

La faible estime pousse au perfectionnisme, seul moyen perçu d'être un minimum présentable. Cette exigence s'applique d'abord à soi, parfois aux autres. Elle tente aussi d'étouffer le doute et l'ambivalence : en visant la perfection, on espère faire taire l'angoisse. Ces signes sont rarement remis en question, parce qu'ils sont socialement valorisés.

08

La maîtrise, le contrôle de soi, du monde, des relations

Le contrôle devient identitaire. Contrôle des émotions jugées débordantes, de l'environnement qui doit rester stable, de la relation avec les autres, jusqu'à la relation thérapeutique elle-même. Cette hypertrophie du contrôle est la réponse à une angoisse profonde : celle de ne pas se sentir exister si rien ne tient.

09

Compulsions, obsessions, rituels

Un petit vélo dans la tête, qui ne s'arrête pas. Des pensées qui s'imposent et ne laissent pas de répit. Les compulsions et les rituels apparaissent comme une réponse, apaisante sur l'instant, mais qu'il faut sans cesse recommencer. La boucle s'auto-alimente.

10

Le sentiment d'indignité

Un syndrome de l'imposteur qui se décline dans toutes les sphères : professionnelle, affective, relationnelle. Quand la réussite arrive, elle est attribuée à la chance, au hasard, à l'erreur des autres. La personne se sent obligée de travailler toujours plus pour « mériter », dans une course sans fin.

11

Les difficultés relationnelles

Se sentir en relation suppose de se sentir soi. Quand la sensation de soi fait défaut, la relation se vit à travers un arbre de probabilités, des règles, des comparaisons, au lieu de s'éprouver. Le contrôle se glisse dans les échanges, parfois par peur du conflit, parfois par peur de ne pas plaire. Paradoxalement, plus la personne fournit d'efforts relationnels, plus elle se sent éloignée et isolée.

12

Le sentiment de vide

Une sensation désagréable de coquille vide, qu'aucune réussite apparente ne vient vraiment remplir. Le vide peut émerger dans les moments de calme, et certaines conduites s'installent précisément pour ne pas le rencontrer : boulimie, hyperactivité, obsessions, scénarios anxieux. Tout ce qui peut donner, le temps d'un instant, la sensation d'exister.

13

L'hyperactivité

Physique (pratique sportive intensive, marche permanente, refus de s'asseoir) ou psychique (travail, mentalisation constante, activités sans répit). L'hyperactivité canalise les obsessions, remplit le vide, évite la confrontation à soi. Elle offre, à travers l'effort, des sensations qui donnent l'illusion d'exister.

14

Le temps vécu différemment

Un pied dans le passé (souvenirs douloureux, temps perdu), un pied dans l'avenir (anticipation, scénarios catastrophes, idéalisation), sans pouvoir se poser dans le présent. Le présent serait précisément le moment de la confrontation à soi, donc évité. La montre peut se caler sur les repas ou les crises, plus que sur la vie qui se déroule.

15

L'altération de la fonction symbolique

Pour limiter l'envahissement des obsessions, la pensée se rigidifie en binaire, en opératoire, en tout noir ou tout blanc. Mais ce verrouillage prive aussi la personne de la respiration de l'imaginaire, de la rêverie, de la créativité, parfois même de l'humour et du second degré. L'univers perd de ses nuances, et avec elles, de son sens.

16

L'anorgasmie

L'orgasme suppose un lien vivant entre corps et esprit. Quand ce lien est fragilisé, même lorsqu'il y a excitation, la relation sexuelle peut devenir un moment où l'on « fait semblant », où l'on se déconnecte. D'autres modalités existent (hyperactivité sexuelle sans accès au plaisir, évitement, douleur), toutes traduisant la même difficulté à habiter le corps dans la relation.

17

La dysthymie, la souffrance

Quand le contrôle tient, l'humeur peut sembler stable. Quand il vacille, la tristesse, la dépressivité, le découragement reprennent. Vient s'ajouter la durée : le trouble commence souvent à l'adolescence, les tentatives de s'en sortir échouent, les demandes d'aide ne sont pas toujours entendues. Comment ne pas désespérer après des années d'errance thérapeutique ? Les troubles des conduites alimentaires sont parmi les pathologies psychiatriques les plus suicidogènes. Il ne s'agit pas d'une volonté de mourir, mais d'un désespoir de s'en sortir. C'est précisément parce que la force de vie est intense, chez les personnes concernées, qu'il est urgent de leur proposer des soins à la hauteur.

Aucun signe n'est une condamnation

Un signe n'est pas une maladie. Plusieurs signes ne font pas forcément un trouble. Ce qui fait signe, c'est le sentiment que ces fonctionnements sont devenus indispensables, automatiques, envahissants, et qu'ils tiennent la personne à distance d'elle-même.

Si vous reconnaissez dans cette description votre fonctionnement, celui d'un proche, ou celui d'un patient, un accompagnement spécialisé peut vous aider à démêler ce qui relève de la personnalité, ce qui relève d'une stratégie d'adaptation, et ce qui relève d'un soin à engager.

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Couverture du livre Sortir de l'anorexie et de la boulimie d'Aude Réhault

Sortir de l'anorexie et de la boulimie

Aude Réhault · Éditions Dunod

Cet ouvrage expose en profondeur la notion de mental restrictif, le trouble de l'image du corps, et l'articulation en synergie des trois axes de soin (psychique, corporel, diététique) pratiquée au cabinet.